Bière, foot, bic mac, amour et fantaisie

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Appartement

La scène se déroule dans un bel appartement de la région grenobloise. Le soleil va bientôt se coucher, mais ses derniers rayons jouent encore dans les fils dorés des rideaux. Dans quelques instants Mickael et Anaïs vont arriver chez eux. Nous sommes samedi soir et le match de demi-finale de la Coupe de la Ligue va bientôt commencer.

Mickael a vingt-sept ans, il travaille à la gare mais il n'est pas salarié de la SNCF, c'est un peu compliqué à expliquer. Cet après-midi il a joué à la console avec ses potes, pour oublier pendant quelques heures, le stress de son boulot.

Anaïs a vingt-trois ans, elle a un BTS action commerciale et travaille à mi-temps comme vendeuse-conseillère de mode chez H&M. Le reste du temps, elle fait des heures sup chez H&M, heures qui lui sont payées une fois de temps en temps, c'est un peu compliqué à expliquer. Cet après-midi elle a fait la lessive, le repassage, a aidé sa petite sœur à faire son devoir de droit et a emmené le chat chez le vétérinaire. Ensuite elle a rappelé à Mickael qu'il lui avait promis d'aller au centre commercial, car elle voulait voir les nouvelles collections de chez Zara, comme lui avait demandé sa responsable au boulot.

Voiture

« Alors je prendrai un menu best of mac nuggets avec frites et coca et un menu maxi best of big mac avec pota et sprite. Et un cheese en plus. On a une réduction pour le maxi best of... Doudou ? Elle est où la réduc' ?

- Un Deluxe !

- Quoi ?

- Un Deluxe je t'ai dit.

- Oui, oui c'est bon, j'ai demandé les deluxe potatoes.

- Non ! T'as demandé un Big mac. Je t'ai entendu, Anaïs !

- Ben c'est pas ça que tu voulais ?

- Non ! Je t'ai dit un Deluxe !

- Oh ben tant pis, hein ! elle a pris la commande maintenant. Et puis t'avais qu'à me le dire avant !

- Oui, ben je peux pas régler TON fichu autoradio et vérifier TA commande en même temps.

- Quoi ? Il marche pas le poste ?

- Ben, t'entends bien, non ? Y'a un espèce de réverbe dégueulasse sur les basses.

- C'est parce que tu mets trop fort. C'est les enceintes qui grésillent.

- Non ! Ça vient sûrement pas des enceintes ! C'est des Cabass Sloop 300 S ... j'ai pas payé ça une fortune pour que ça "grésille" comme tu dis... 

- Par carte bleue ! Voilà. Merci. À vous aussi.

- Pourquoi tu dis « à vous aussi » ? Elle t'a dit « bon appétit » et tu lui réponds « à vous aussi » !

- Bah quoi, c'est par politesse, Doudou.

- Parce que tu crois qu'elles passent leur temps à s'envoyer des filet o fish pendant qu'elles font la caisse, les filles de mac do ?

- Oh c'est bon, hein ! c'est pas grave. Faut qu'on aille faire l'essence.

- Nooon ! On peut pas faire l'essence maintenant. Le match va commencer dans cinq minutes.

- T'es pas à cinq minutes près non plus.

- Arrête ! T'avais toute l'après-midi pour faire l'essence. T'avais qu'à y penser avant. On ira demain. »

Mickael et Anaïs s'aiment d'amour tendre depuis bientôt cinq ans. Ils se sont connus alors qu'ils étaient étudiants et après avoir reçus leurs premiers salaires, ils ont décidé de louer ensemble cet appartement bien ensoleillé près du parc. Ils reçoivent l'allocation logement depuis qu'ils se sont pacsés et leur chat sera castré lundi matin. Ils espèrent pouvoir un jour acheter, mais pour l'instant il vaut mieux attendre car avec la crise on est sûr de rien.

Ascenseur

« Putain ! Pourquoi il met toujours vingt minutes à descendre cet ascenseur ! On dirait qu'il s'arrête à tous les étages. Ils se donnent tous le mot ou quoi ? Ils savent qu'on est pressé et ils font tout pour nous emmerder !

- On est pas pressés. On aura qu'à mettre les sandwiches au micro-onde si ils sont froids.

- Mais je te parle pas de ça !

- Rhoo... ça va hein ! Tu vas le voir ton match.

- Mais c'est déjà commencé, là !

- Ben t'avais qu'à lâcher tes potes plus tôt cet aprèm'. On serait rentré plus tôt.

- Ah !

- Dis, Doudou ? Tu fais un bisous dans l'ascenseur ? Smouahh !

- Oui ! Attends.

- Mmm... Je t'aime mon chéri.

- Oui, oui. Mais fais gaffe avec la boite de bouffe.

- Dis : demain on pourrait aller se balader en forêt s'il fait beau. Hein ? Qu'est-ce t'en pense ?

- Euh... ouais, ouais. On verra.

- On verra quoi ?

- Bon allez vas-y, avance là ! Ça va se refermer sinon.

- Où est-ce que j'ai mis mes clefs moi encore...

- Oh c'est pas vrai ! Tu peux jamais les avoir dans la main quand on arrive à la maison ?

- Ben elles sont quelque part dans mon sac, Doudou...»

Mickael et Anaïs ne se sont pas encore aperçus que les rails de la vie les ont portés jusqu'à la gare de l'ennui. Mais comme le dit si bien Anaïs, la routine c'est rassurant, ce à quoi son amoureux répond systématiquement qu'ils font quand même pas mal de trucs ensemble, pas comme Isabelle et son mec – c'est quoi son nom déjà ? – qui passent leur temps à faire de la randonnée et rien d'autre.

Salon, première mi-temps

« Bon il est où le Deluxe là dedans ?

- Tu me passes le coca, Doudou ?

- Attends. C'est pas vrai ça. C'est quoi ça ?

- Ben c'est ton Big Mac.

- Et merde ! J'avais dit un Deluxe. DE-LU-XE !

- Ouais, ben prends le mien si t'aimes pas celui là.

- Non... je voulais un Deluxe...

- Ohh ! Tu boudes mon namoureux !

- MAIS VAS-Y ! MAIS SHOOTE !

- Hé ! attention à la moquette...

- MAIS QUEL ABRUTI !

- T'en as mis partout !

- Hein ? Ah .. c'est pas grave.

- Ouais, ben on voit bien que c'est pas toi qui nettoie.

- Ouais, c'est bon, je passerai l'aspirateur demain.

- Pour aspirer de la mayonnaise séchée ?

- Ouais... ou après le match, ou pendant la mi-temps. »

Des fois Anaïs se fait draguer par des clients quand elle est au rayon homme. Jusqu'à ses derniers temps, elle s'était contentée de sourire poliment aux garçons qui lui proposaient leur phonetel en jetant des coups d'œil discrets en direction du vigile à l'entrée. Mais depuis quelques semaines, Anaïs se surprend à laisser vagabonder ses pensées nocturnes vers d'autres visages, d'autres bras, d'autres sourires que ceux de Mickael. Elle y pense quand ils ne font pas l'amour, se retourne dans l'obscurité quand elle rougit de honte à ces idées, puis se blottit contre son fiancé pour se rassurer.

D'ailleurs depuis combien de temps...

Canapé, deuxième mi-temps

« ... on a pas fait l'amour ?

- Hein ? Pourquoi tu demandes ça ?

- Ben je sais pas. J'ai l'impression que ça fait plusieurs semaines qu'on a rien fait.

- Peut être pas des semaines non plus. Tu te souviens pas le weekend chez Mario. Sous la tente ?

- Ben c'était ya déjà deux mois de ça au moins ...

- Euh. Je sais pas. Mais pourquoi tu parles de ça au milieu de tout ?

- Pour rien. Je pensais à ça... comme ça...

- Ah... tu veux ton petit câlin ce soir, hein ! Si on gagne je te fais la totale !

- T'es lourd ! Qu'est-ce que ça a à voir avec ton foot ? Et puis tu crois quoi ? Que ça vient comme ça ? Juste parce que tu t'aperçois que t'as pas tiré ton coup depuis trois mois et demi.

- ALLEZ, ALLEZ ! ÇA JOUE LÀ !

- ...

- Tu peux aller me chercher une bière steplé, mon amour ?

- Télé-bière-foot ! Non mais t'as vu ce que c'est devenu notre vie ?

- De quoi tu parles ? Mais qu'est-ce que t'as ce soir ? T'as tes machins ou quoi ?

- Tu devrais savoir que non ! Si t'es même pas capable de te souvenir quand est-ce que ta copine a ses règles, ben c'est que tu crains un peu, mon garçon !

- J'ai pas la mémoire des dates... Mais pourquoi t'es hostile comme ça ?

- Hé ! C'est pas en posant ta main sur ma cuisse que ça suffira à me calmer, hein ! Tu pourrais au moins me regarder quand je te parle.

- Mais je suis là. Je t'écoute, je suis près de toi. Hein, Mamour ?

- Ouais, t'es là... Que tu serais dans la tribune avec tes potes que ça serait pareil !

- Mais qu'est-ce que j'ai fait pour en prendre plein la figure comme ça ?

- RIEN ! Rien justement. Tu fais jamais rien. T'as oublié au début quand on sortait ensemble ? On faisait toujours plein de trucs. On allait au ciné, on allait danser, on faisait le tour de l'étang. T'avais pas besoin de tes potes pour t'amuser le weekend. Maintenant on se fait chier ! C'est foot toute la semaine, on sort plus, ou alors vite fait pour faire les courses, quand c'est pas moi qui les fait toute seule en Rémy. C'est nul quoi...

- Pourquoi tu dis ça ? Faut pas pleurer comme ça. Tu te mets dans un état pas possible pour rien, là. Y'a quelque chose qui va pas ? C'est au boulot ? C'est ta responsable qui te fout la pression ? Tu veux que j'aille la voir ? Je vais aller lui dire deux mots moi, à cette bonne femme.

- Mais non, abruti ! C'est à la maison qu'il est le probl...

- ET BUUUUUT ! »

Mickael et Anaïs s'aiment d'amour tendre. C'est certain. C'est pas pour rien qu'ils se sont pacsés et que demain ils iront faire le tour de l'étang. Ce soir ils feront l'amour dans leur jolie chambre. Mickael est persuadé que sa fiancée aime quand il arrive tel un champion devant son public et qu'il jette son maillot de l'Olympique Lyonnais aux pieds du lit.

Anaïs a hésité à mettre son ensemble en satin, le rose qu'elle aime tant. Elle a passé un bon quart d'heure à effacer les traces de larmes. Elle s'est parfumée et s'est un peu regardée dans la glace. Elle a pris quelques kilos depuis qu'ils vivent ensemble dans l'appartement. Lui aussi d'ailleurs. Ils devraient peut être faire de la rando avec Isabelle et son mec. Finalement elle a attendu la fin du match et est partie l'attendre sur la couette du lit, toute fraîche et maquillée, sublime dans son ensemble rose. Mickael a été agréablement surpris. Il a enlevé son maillot de foot, l'a lancé aux pieds du lit, puis a éteint la lumière avant de sauter sur le lit.

Chambre, troisième mi-temps

- Je t'aime, Doudou.

- Je t'aime, Mamour.


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février 2010

reprise janvier 2017

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